dimanche 3 avril 2011

Il est parti...

J'ai cessé d'écrire ici au moment où j'ai réalisé que ce que je vivais était rendu "innommable". Au début de la maladie de mon père, je tenais à écrire presque au quotidien ce qui se passait afin de suivre et de pouvoir me rappeler comment ça s'est passé, je voulais me souvenir de tout. Un moment donné je me suis rendu compte que ça allait trop loin et que la douleur qu'il vivait était si intense que même moi, qui a la couenne dure, je n'en pouvais plus de le voir souffrir.

J'avais beau me dire que je voulais le garder à mes côtés le plus longtemps possible, à la fin je suppliais Dieu pour qu'on vienne le chercher...

J'ai pris une semaine de congé au début mars afin de pouvoir passer du temps avec lui à l'hôpital pour l'aider à manger et autres trucs qui font en sorte qu'on veut tenter de garder la "dignité" de son père en le rendant confortable du mieux qu'on peut.

À la fin de sa vie, papa avait les deux bras et une jambe de cassés, les métastases au cerveau pesaient sur la glande qui a pour effet de le faire dormir. On pouvait être en pleine discussion et paf, il ne terminait même pas sa phrase... C'était comique des bouts mais à d'autres moments, surtout au téléphone, c'était assez paniquant.

Mon frère et moi avons reçus des appels de l'hôpital à quelques reprises dans les derniers jours. Les messages du médecin était clairs "Son état ne s'améliore pas, je devrai bientôt augmenter ses doses de médicaments afin de le rendre confortable...", mercredi le 16 mars, on s'est donc rué à son chevet, on a pu constater qu'il avait attendu l'arrivée de son petit frère parti en Floride, mais là, qu'il en avait réellement assez de vivre cette Vie... Ça a été dur, très dur, mais on lui a fait nos "Adieux" et il a pu nous répondre...

Jeudi, le 17 mars en matinée, le médecin m'a téléphoné pour avoir l'autorisation de pouvoir lui administrer la perfusion, je n'ai pas hésité une seule minute... D'autant plus que la veille, papa nous suppliait de lui dire comment faire, il nous implorait de l'aider à en finir... Il a même tenté de retenir son souffle et s'est montré très découragé quand il a réalisé que ça n'avait pas marché... Il nous a d'ailleurs fait bien rire avec celle là... Rire jaune sans équivoque.

À 15 h 45, l'infirmière des soins palliatifs me téléphone pour me dire que papa s'est endormi vers 11 h et que depuis il est dans un semi-coma. Mon frère et moi sommes retournés à son chevet. Ce soir là, 3 de ses frères étaient là, sa conjointe et des belles-soeurs. Ils ont tous quittés vers 23 heures pour aller dormir. Il s'est éteint à 2 h 10, en compagnie de mon frère et moi.

La vraie fin, c'était assez particulier. Car lorsque les autres sont partis, il semblait dormir et respirait paisiblement. On s'était entendu pour se remplacer, un dort et l'autre le "veille" . Vers 2 h 00 du matin, mon frère ronflait déjà depuis un bon moment et moi j'étais en train de somnoler en tenant la main de mon père. Tout à coup, une sonnerie de montre m'a tirée de mon sommeil. Je me suis ouvert les yeux et j'ai constaté que sa respiration était de plus en plus lente et espacée. J'ai appelé mon frère, il dormait bien dur, j'me suis levé pour le réveiller : "Je crois que c'est l'heure...". Il s'est levé d'un bond, a ouvert la lumière et nous nous sommes assis devant devant lui, lui avons tenu la main. Il s'est ouvert un œil et à ce moment là, on a réalisé que c'était pour nous dire "Adieu"... "Vas-y papa, t'es capable, tout va être correcte pour nous autres... Je t'aime, je t'aime... Vas-y"... Il a eu trois derniers respires et il s'est éteint.

Ça doit faire au moins six mois que j'avais demandé à mon père que si c'était possible, j'aimerais être avec lui jusqu'à la toute fin... Durant la semaine que j'ai passé avec lui à l'hôpital , il me disait qu'il tenterait de faire un signe avant de partir. En tout cas, cette sonnerie de montre à 2 h du matin pour me réveiller, ça provenait de sa propre montre dans la table de chevet, et l'œil qu'il a ouvert pour nous voir une dernière fois, si ça ce n'était pas son signe, je ne vois guère ce que c'était...

"Vas-en paix papa... veilles sur nous si tu le peux... je t'aime de tout mon cour et je suis très très fière de t'avoir eu comme père... "

5 commentaires:

Isabelle a dit…

Je viens de terminer de lire ton message et j'essaie d'écrire ce commentaire et les larmes me roulent sur les joues.

C'est très touchant ce que tu a écris. Dis-toi qu'il veille sur toi et ton frère d'où il est et qu'il va vous aider à surmonter cette épreuve que la vie vous impose. Dis-toi aussi que la mort est seulement la finde quelque chose et le début d'une autre aventure.

Je te souhaites mes sincères condoléances et je pense très fort à toi même si je ne te connais pas.

Prends soin de toi et permets-toi de vivre ta peine tout en le laissant partir car vous ne devez pas le retenir ici-bas.

Gros calins

Isabelle
xoxo

La Silencieuse a dit…

Ouf......

Que dire?... Je manque de mots, mais, je peux te dire que dans tout cela, tu as été une héroïne. Pour ton père, comme pour toi-même.

Bravo, d'avoir su faire ce qu'il fallait, et de pouvoir maintenant vivre ton deuil en sachant que tu as fait tout ce que tu as pu...

Mes plus sincères sympathies, encore, ma belle...

Sois en paix, toi aussi...
Gros câlins xXxXxXx

Disjonctée a dit…

Merci infiniment à vous deux... vos messages me touches énormément.

Gros câlins xxx

Anonyme a dit…

Oh belle amie, que c'est doux de te lire.
Je pleure encore, évidemment... mes pensées les plus profondes sont avec toi et ton frérôt.
Je pense souvent à ton Papa et les dernières fois que j'ai eu la chance de le voir. Je me sens privilégiée de l'avoir eu dans ma vie et honorée de t'avoir comme amie.

Repose en paix papa-2...
Vis bien ton deuil belle amie... une journée à la fois, une épreuve à la fois, une fête à la fois...

Je t'aime,
P. xoxxxx

Disjonctée a dit…

Chère P., C'est moi la privilégiée de t'avoir comme amie... D'avoir habité chez toi cette semaine là, vraiment ça m'a réconforté de savoir que j'avais un port où m'accoster pour la nuit, tu vas me dire que c'était tout naturel, que tu habites à 10 minutes de l'hôpital je sais, mais ça prend un grand cœur et plein d'amour pour ouvrir sa maison comme ça... Merci infiniment d'être mon amie, je t'aime,
Disjonctée xx